1er octobre 2023

Jerusalem Quartet

Cordes

Jerusalem Quartet © Felix Broede

Biographie

Alexander Pavlovsky  -  violon             
Sergei Bresler  -  violon 
Ori Kam  -  alto          
Kyril Zlotnikov
  -  violoncelle

Depuis sa première saison de concerts en 1996, trois ans après sa formation, le Jerusalem Quartet construit sa réputation sur un répertoire vaste et une richesse sonore distinctive. Le New York Times a notamment fait l’éloge de sa passion, de sa précision, de la chaleur de ses interprétations et de l’unique fondu des voix qu’il a élaboré au fil des ans. Sa discographie généreuse, réalisée sous étiquette Harmonia Mundi, lui a permis de remporter de nombreux prix, dont le Diapason d’Or et le prix du BBC Music Magazine en musique de chambre. En 2016, pour célébrer sa 20e saison, le quatuor a lancé un album double des Six Quatuors à cordes op. 18 de Beethoven. Interprète aguerri du répertoire canonique (Bartók, Debussy, Ravel, Dvořák, Brahms, Schumann, Mozart), le Jerusalem Quartet ose également sortir des sentiers battus, ce qui permet en 2019 la diffusion de l’album The Yiddish Cabaret, avec la soprano israélienne Hila Baggio. Cet album consacré à la musique juive d’Europe centrale met en relation des créations du compositeur russe Leonid Desyatnikov sur des textes en yiddish, de même que des œuvres de l’entre-deux-guerres des compositeurs Erwin Schulhoff et Erich Wolfgang Korngold, originaires de ce qui était alors l’Autriche-Hongrie. 3e engagement au LMMC.

http://www.jerusalem-quartet.com/

Notes

Ce concert met de l’avant des œuvres qui se trouvent à la frontière entre les époques et les influences, à travers leur capacité à synthétiser la forme classique du quatuor à cordes et les apports artistiques des périodes subséquentes, en plus de mettre en valeur l’extraordinaire singularité de chacun des compositeurs présentés. Dans le Quatuor op. 12 de Felix Mendelssohn, c’est la jonction entre les périodes classique et romantique qui est le plus clairement perceptible. Celle-ci se manifeste dès l’introduction lente du premier mouvement, qui évoque celle du Quatuor « Harpe » op. 74 de Beethoven. Tout au long de l’œuvre, Mendelssohn explore les frontières du cadre formel et expressif du quatuor à cordes, notamment à travers un caractère opératique qui s’exprime dans les élans récitatifs du premier violon – particulièrement dans les premier, troisième et quatrième mouvements. Ce dernier est sans doute celui où Mendelssohn s’émancipe le plus des schémas classiques, en adoptant la tonalité de do mineur (plutôt que la tonalité d’origine de mi bémol majeur), qu’il maintient presque tout le long du mouvement. Enfin, en réitérant les thèmes du premier mouvement, ce Molto Allegro e Vivace insère dans la forme du quatuor à cordes l’esthétique cyclique chère aux compositeurs romantiques.

Le Quatuor à cordes no 1, op. 21 est la première œuvre d’importance en musique de chambre que crée Paul Ben-Haim après son arrivée en Israël. En effet, sous la pression d’un antisémitisme croissant dans son Allemagne natale, le compositeur s’exile, alors qu’il est en pleine phase d’exploration de sa judaïté à travers sa musique. Le Quatuor à cordes marque une rupture nette avec son héritage musical allemand, alors qu’il était auparavant grand admirateur de compositeurs tels que Gustav Mahler, ce qui se perçoit dans des œuvres de jeunesse telles que son Quintette à cordes (1919). Dans ce Quatuor à cordes, ce sont plutôt les influences moyen-orientales qui se font entendre, à travers des harmonies aux teintes changeantes, des rythmes acérés et des mélodies mélismatiques évoquant les musiques folkloriques, le tout se combinant dans une œuvre qui évolue à travers une tension et une expressivité jamais relâchées.

Seule composition de Claude Debussy pour quatuor à cordes, le Quatuor à cordes en sol mineur op. 10 est également la seule de ses œuvres adoptant une forme classique conventionnelle, désignée avec une tonalité et un numéro d’opus précis. Dans cette œuvre, Debussy intègre à la forme du quatuor les couleurs musicales qui permettront de l’associer – sans qu’il l’accepte vraiment – au courant impressionniste : gammes dites « exotiques », couleurs harmoniques singulières, changements rythmiques atypiques, etc. On retrouve également dans cette œuvre une exploitation de la forme cyclique, mobilisée auparavant chez ses prédécesseurs César Franck et Hector Berlioz. Chez Debussy, l’évocation répétée du matériau thématique constitue le point de départ de l’élaboration de tout le discours musical, à travers des variations mélodiques, harmoniques, rythmiques et de timbre qui montrent à chaque fois ce matériau sous un nouveau jour. Dans le quatrième mouvement, Debussy confirme son ancrage dans la forme cyclique en exposant à rebours les motifs des mouvements précédents.

Catherine Harrison-Boisvert

Programme

MENDELSSOHN    Quatuor à cordes en
(1809-1847)          mi bémol majeur, op. 12 (1829)       

BEN-HAIM              Quatuor à cordes no 1,
(1897-1984)           op. 21 (1937)

DEBUSSY               Quatuor à cordes en sol mineur,
(1862-1918)           op. 10 (1894) 

                                  
                                   David Rowe Artists