3 mai 2026

Jerusalem Quartet

Cordes

Jerusalem Quartet © Felix Broede

Biographie

Alexander Pavlovsky, Sergei Bresler  -  violons
Mathis Rochat  -  alto
Kyril Zlotnikov -  violoncelle

Depuis sa fondation en 1993 et ses débuts officiels en 1996, le Jerusalem Quartet adopte une approche basée sur l’écoute des expressions individuelles de ses membres. C'est le moteur de ses interprétations du répertoire classique ainsi que de l'exploration de nouvelles époques.

L’ensemble s'est produit sur les plus grandes scènes du monde. On a pu l’entendre récemment dans un cycle de quatuors Beethoven au Wigmore Hall de Londres et dans un cycle Bartók au Festival de Salzbourg et à l'Elbphilharmonie de Hambourg. Ses enregistrements ont été récompensés par de nombreux prix, dont le Diapason d'Or et le BBC Music Magazine Award for Chamber Music. Il a enregistré les quatuors à cordes de Haydn, La jeune fille et la mort de Schubert, un album du quintette à cordes op. 97 et du sextuor op. 48 de Dvořák, ainsi que des quatuors de Ravel et de Debussy.

En 2019, le quatuor a sorti un album unique explorant la musique juive en Europe centrale entre les deux guerres et son influence considérable, avec une collection de chansons de cabaret yiddish de la Varsovie des années 1920, ainsi que des œuvres de Schulhoff et de Korngold. Le deuxième volet de l'enregistrement des quatuors de Bartók a été publié en 2020. Le premier disque de l’ensemble chez BIS Records, paru en 2025, a mis à l’honneur des quatuors de Dmitri Chostakovitch. 4e concert au LMMC.

http://www.jerusalem-quartet.com/

Notes

L’introduction du Quatuor no 19 de Mozart est passée à la postérité au point d’occulter les autres mouvements. Il faut dire que cette notoriété, qui a valu à l’œuvre toute entière le qualificatif de «dissonant », est à la mesure du langage expressif développé par le compositeur, en avance sur son temps. Le reste du premier mouvement renoue avec l’esprit enjoué ainsi que l’art de la conversation, typiquement mozartien. Malgré leur disparité stylistique, l’adagio et l’allegro ont en commun la répétition de croches sur la même note. Ce motif refait surface dans le deuxième mouvement, au violon 2 et à l’alto, pendant que le premier violon et le violoncelle dialoguent. Le troisième mouvement fait interagir à nouveau les instruments dans un jeu de questions-réponses tout en legato. À noter aussi une section centrale empreinte du style Sturm und Drang (tempête et passion), qui continue d’inspirer certaines œuvres jusque dans les années 1780. Enfin, l’allegro molto allie une variété de traits musicaux déjà entendus avec un sens dramatique renforcé, ce qui offre une synthèse pleine de verve en guise de finale.   

Betwixt and Between est une commande conjointe de la Philharmonie de Paris et du Jerusalem Quartet, à l’occasion du 30e anniversaire de ce dernier. Schulamit Ran débuta l’écriture de cet opus après l’attaque terroriste du 7 octobre 2023 contre des civils israéliens. « Inévitablement, la douleur et les souffrances humaines indicibles de tant de personnes des deux camps ont accompagné le processus de création, de la première à la dernière note », déclare-t-elle. Parmi les idées musicales récentes, mentionnons l’ondulation constante d’un large intervalle au sein des lignes mélodiques ou encore la résurgence d’un rythme pointé pour les quatre instruments. On trouve cet élément rythmique à un moment clé du premier mouvement, à l'ouverture du deuxième, « Sway », et à la fin du quatuor. La compositrice ajoute : « une série d’accords sculptés en colonnes et qualifiés de “majestueux” dans la partition est introduite vers la fin du premier mouvement et devient un élément central de la dernière partie du dernier mouvement, au moment où l’on arrive au terme d’une supplication fervente. »

Comme chez Mozart, l’adagio qui ouvre le Quatuor no 13 de Beethoven paraît incompatible avec le reste du premier mouvement. Son caractère languissant contraste, en effet, avec ce qui suit : un vif passage fugué, préfigurant déjà le finale de l'œuvre. Au sein de ce mouvement, plusieurs motifs semblent s’affronter comme si chacun voulait affirmer sa suprématie. Beethoven, intarissable explorateur des formes musicales, surprend par un deuxième mouvement rapide, à rebours des usages conventionnels, et d’autres traits musicaux incisifs qui contribuent à la théâtralité exacerbée de ce quatuor. Ce sont encore des éléments musicaux disruptifs qui parsèment l’andante,tant sur le plan du rythme que du phrasé ou encore des nuances. Le quatrième mouvement est composé dans l’esprit d’une danse allemande; il contient des passages de contrepoint et établit un cadre rythmique plus régulier que bien d’autres sections de l’œuvre.  La cavatine représente un rare moment d’intériorité, témoignage poignant de la sensibilité de Beethoven en tant qu’artiste et humain. Enfin, la « grande fugue » est une pièce d’une portée avant-gardiste étonnante qui fait écho à l’audace de Mozart, en début de programme, et va même plus loin en explorant un langage musical inédit pour l’époque. 

Justin Bernard

Programme

Mozart               Quatuor à cordes no 19
(1756-1791)         en do majeur, K. 465 (1785)

Schulamit Ran  Quatuor à cordes no 4,
(1949- )                « Betwixt and Between » (2025)

Beethoven         Quatuor à cordes        
(1770-1827)         en si bémol majeur, op. 130 (1825)


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