4 octobre 2026

James Ehnes et Andrew Armstrong

Violon et piano

James Ehnes © Benjamin Ealovega
Andrew Armstrong © Benjamin Ealovega

Biographie

James Ehnes est un invité de marque pour de nombreux orchestres à l’étranger comme ici au Canada, son pays natal. Parmi ses collaborations récentes ou à venir, mentionnons celles avec le Royal Concertgebouw d’Amsterdam, le Tonhalle-Orchester de Zürich, la Elbphilharmonie de Hambourg, les Philharmoniques de Londres et de Los Angeles ainsi que les orchestres symphoniques de Boston et de Chicago. Le violoniste est aussi un chambriste assidu. Il est directeur artistique de la Seattle Chamber Music Society et premier violon d’un quatuor qui porte son nom. Ehnes a été le protégé du célèbre violoniste canadien Francis Chaplin à neuf ans, et a fait ses débuts avec l'Orchestre symphonique de Montréal à treize ans. Il a poursuivi ses études avec Sally Thomas à la Meadowmount School of Music et à la Juilliard School. Il joue sur le Stradivarius « Marsick » de 1715. 9e présence au LMMC.

Le pianiste Andrew Armstrong a multiplié les tournées sur tous les continents avec notamment des présences remarquées à l'Alice Tully Hall, au Carnegie Hall, au Wigmore Hall de Londres, dans la Grande Salle du Conservatoire de Moscou et à la Philharmonie de Varsovie. Ses engagements avec orchestre couvrent un vaste répertoire de plus de 60 concertos, ainsi que des récitals solo et des concerts de musique de chambre. Tout au long de l'année 2026, Andrew se joint à son ami de longue date et partenaire de duo, James Ehnes, pour une tournée pancanadienne. 3e présence au LMMC.

https://www.jamesehnes.com/

https://www.andrewarmstrong.com/

Notes

Dans sa Suite dans le style ancien, Christian Sinding choisit d’abord de faire jouer au violon un flux ininterrompu de double-croches, tout en virtuosité. Le « style ancien » dont il est question se manifeste par une succession de marches harmoniques et une conduite des voix caractéristiques de l’époque baroque. L’adagio déploie, au contraire, un caractère réservé, introspectif et d’une expression très vocale qui s’explique en grande partie par l’affection particulière du compositeur pour le répertoire des mélodies. On croit y reconnaître l’influence d’Après un rêve de Fauré. Dans le finale, l'œuvre renoue avec la virtuosité de la partie de violon, son abondance de double-cordes faisant penser à une chaconne de Bach qui aurait, en même temps, la palette expressive du romantisme tardif.    

La même année que l’opus 10 de Sinding, Brahms créé au piano sa troisième et dernière sonate en ré mineur avec le violoniste Jenő Hubay lors d’un concert à Budapest. Dans cette sonate, il surprend par une densité et une profondeur dramatique dignes d’une œuvre de maturité. L’une des originalités du premier mouvement se trouve du côté du piano avec notamment l’insistance de notes répétées à la main gauche. L’adagio suivant est plus posé, plus généreux sur le plan du phrasé. Le réconfort que procure ce mouvement est interrompu par un scherzo dont le matériau est des plus rudimentaires, mais dont les freins et les accélérations gardent certainement en haleine. Enfin, le presto agitato offre le moment le plus animé de toute l'œuvre. Sa vitalité s’exprime autant par l’alternance entre tempête et accalmies que par des rythmes syncopés et des silences qui contribuent à l’imprévisibilité totale du morceau.

Imaginal de Carmen Braden est à l’image de la tournée en cours de James Ehnes, marquant au passage le 50e anniversaire du violoniste : une oeuvre pancanadienne, dont la création en mai dernier par les deux interprètes de ce concert a été rendue possible grâce au soutien de diffuseurs à travers le pays, à commencer par le Northern Arts and Cultural Centre de Yellowknife. Elle-même originaire des Territoires du Nord-Ouest, la compositrice dit avoir été guidée par l’idée de transformation et le petit monde fabuleux des chenilles. Une mélodie centrale, tissée tout au long de la pièce, subit de multiples déconstructions et reconstructions, précise-t-elle. De la même manière, les chenilles se désintègrent à l'intérieur de leur cocon en une sorte de substance visqueuse pour ensuite se reconstruire sous une forme étonnamment différente de l'ancienne jusqu’à ce qu’elles accomplissent leur mue et deviennent des papillons.

La Rhapsodie no 1 de Bartók illustre l’intérêt du compositeur hongrois pour la musique folklorique de son pays, ce qui en fait l’un des précurseurs de l’ethnomusicologie. Le premier mouvement de l’œuvre développe deux thèmes distincts, l’un caractérisé avant tout par son agencement de notes accentuant les dissonances dans le mode mineur; l’autre faisant plutôt ressortir des ornementations (appogiatures et broderies) qui retranscrivent l’esprit envoûtant des musiques d’Europe de l’Est. Après la lenteur et la mélancolie des débuts (lassú) vient le mouvement rapide et énergique (friss). De forme circulaire, la ligne mélodique enjouée contient des ornements nouveaux, notamment des notes mordantes qui insufflent un air de liberté.

Justin Bernard

Programme

SINDING      Suite dans le style ancien
(1856-1941)       en la mineur, op. 10 (1888)

BRAHMS     Sonate pour violon et piano no 3
(1833-1897)       en ré mineur, op. 108 (1888)

BRADEN      Imaginal (2026)
(1985- )

BARTÓK      Rhapsodie no 1 pour violon et piano,
(1881-1945)       Sz. 87 (1928)

                             Intermusica