22 mars 2026

Trio Bohémo

Piano et cordes

 Trio Bohémo © Andrej Grilc

Biographie

Matouš Pěruška  -  violon
Kristina Vocetková  -  violoncelle
Jan Vojtek - piano

Peu après sa formation en 2019, le Trio Bohémo originaire de Tchéquie a attiré l'attention du public en remportant le deuxième des Prix Gianni Bergamo à Lugano, en Suisse. Ce succès a été confirmé par le prix « Ensemble de l’année » décerné par l’institution italienne Le Dimore del Quartetto en 2021. Parmi d’autres distinctions, mentionnons la meilleure interprétation de musique classique viennoise au festival de l’International Summer Academy, en Autriche, un premier prix au Filippo Nicosia International Award, en Italie, le troisième prix ainsi que le prix du public au Melbourne International Chamber Music Competition, en Australie.

Le jeune trio a déjà fait ses premières apparitions au Musikverein de Vienne, au Wigmore Hall de Londres et au Stoller Hall de Manchester ainsi qu'à des festivals tels que le Printemps de Prague, le Schwarzwald Musikfestival et le Festival van Vlaanderen de Gand. De plus, il a sorti son tout premier disque chez Supraphon en 2024 consacré à Schubert et à Smetana pour lequel il a remporté un prix aux Presto Music Awards.

Grâce au généreux soutien du Dr. Jan Telenský, Matouš Pěruška joue sur une copie du violon Antonio Stradivari « Willemotte » fabriquée par Florian Leonhard et sur un violon unique de Matteo Goffriller. Pour sa part, Kristina Vocetková joue sur un magnifique violoncelle de Fausto Maria Bertucci. Débuts au LMMC

https://www.triobohemo.com/

Notes

Avec le troisième et dernier trio de son premier opus, Beethoven veut frapper un grand coup, non seulement auprès du public viennois, mais aussi auprès de son mécène, le prince Lichnowsky. Cela fait maintenant trois ans que le jeune pianiste a posé ses valises dans la capitale culturelle européenne de l’époque et déjà, son ambition est palpable.

Le premier mouvement débute par une brève section à l’unisson, suivie d’un accord tenu, qui fait dire à l’auditoire : « Attention, ça va commencer ». Beethoven développe ensuite un thème vigoureux tout en ponctuant son discours d’accents dramatiques, très éloignés du caractère intime que l’on associe habituellement à la musique de chambre. Le deuxième mouvement est un thème et variations, une manière pour le musicien de démontrer l’inventivité et l'éclat dont il est capable - Mozart, avant lui, en avait aussi fait étalage dans les salons privés. Le troisième mouvement, un menuet, ressemble à une concession faite au style classique de son maître, Joseph Haydn, mais ses traits tantôt abrupts, tantôt brillants, en font quelque chose d’authentiquement beethovénien. Le quatrième mouvement livre une dernière salve, élevant encore plus le spectre dramatique et acoustique d’une musique tournée vers le XIXe siècle. 

Shostakovich est celui qui a donné au drame toute son épaisseur tragique. Le Trio pour piano no 2 porte en lui les stigmates de deux tragédies : d’une part, la mort subite d’Ivan Sollertinsky, ami intime du compositeur, et, d’autre part, la découverte du sort réservé aux Juifs dans les camps de concentration. En cette douloureuse année 1944, Shostakovich vient d’apprendre que les prisonniers sont contraints de creuser eux-mêmes leur tombe et de danser à la mort, avant d’être froidement abattus. Le finale se veut une reconstitution en musique, soutenue par des thèmes et des danses d’inspiration juive. Les mouvements précédents mènent lentement, mais sûrement vers l’inévitable, tantôt en suggérant la fragilité de la victime, comme en témoignent les notes en sourdine des premières mesures, tantôt en imitant les cris et rires narquois du bourreau.

Le Trio pour piano no 2 de Schubert est l’une de ses dernières compositions, entendue seulement une fois de son vivant lors d’une fête de fiançailles d’un de ses amis, Josef von Spaun. Les premières mesures, à caractère intime, ne laissent en rien présager des proportions gigantesques de l’œuvre – près de 50 minutes, dans la lignée du style beethovénien. Le premier thème nous entraîne dans une course typiquement romantique, rythmée par les gammes généreuses du piano. Le deuxième thème, plus réservé et délicat, anticipe sur celui de l’andante con moto, dont la marche à pas feutrés continue de hanter des générations d’auditeurs. On retrouve la douceur des échanges entre les trois instruments et l’art d’une mélodie finement brodée. Le troisième mouvement, scherzando, a tous les traits d’une plaisanterie, tels que les effets bondissants et le profil staccato de chacune des lignes en interaction. L’allegro moderato boucle la boucle de la plus belle des manières, renforçant l’unité thématique et motivique de l’opus 100. Schubert reprend, sur le même ton énergique, la succession de notes répétées qui caractérise les trémolos au début du premier mouvement. Le thème de l’andante fait non pas un, mais deux retours au violoncelle, pour finir dans un sublime unisson avec le violon.


Justin Bernard

Programme

Beethoven       Trio pour piano et cordes no 3
(1770-1827)        en do mineur, op. 1 (1795)

Shostakovich  Trio pour piano et cordes no 2
(1906-1975)        en mi mineur, op. 67 (1944)

Schubert          Trio pour piano et cordes no 2,
(1797-1828)        en mi bémol majeur, D. 929,

                           op. 100 (1827)

Marianne Schmocker Artists International